6/26/2006

La grande braderie :


« Collectivité publique sans projet vend, cause perte de valeurs, son histoire et son âme.
Faire offre. »
Telle semble être la teneur de l’offre publique de vente du Château de la Punta faite par le Conseil Général de la Corse du Sud.
Comment ne pas être écœuré par pareille entreprise ?
Sur la forme tout d’abord, car c’est par une banale petite annonce, glissée de façon anodine et presque en catimini dans un quotidien régional, que la population a appris la mise en vente d’une des plus fabuleuses richesses patrimoniales de la Corse ; point de consultation ou de débat préalable. Le procédé en dit long sur le mépris de l’Histoire et de l’identité, sur le mépris des sentiments nourris par les citoyens à l’égard du Château.
Et sur le fond, l’absence d’imagination, de rigueur et de perspective, les petits calculs apparaissent de façon plus criante. On vend les bijoux de famille pour financer la gestion routinière. Lorsque le sens des affaires prévaut sur l’intérêt général, la finance privée l’emporte sur le service public, fût-il celui de la mémoire et du développement collectif. Et la préservation du patrimoine s’apparente au gaspillage, selon les propos du Président du Conseil Général auxquels répond le silence déroutant de l’opposition départementale.
Le Château de la Punta a payé un lourd tribut à ce système qui privilégie les questions politiciennes et génère l’immobilisme. Les habitants du Pays Ajaccien l’ont vu se dégrader durant près de deux décennies. Il représente pourtant une part importante de notre histoire ; une trace majestueuse du bouillonnement philosophique, des luttes d’influence et de la vie politique intense qui, autrefois, ont animé la Corse, construit la France et éclairé l’Europe.
Combien de générations ont grandi, à Ajaccio et dans ses environs, au pied de la Punta et de son château ? On veut aujourd’hui les dépouiller d’un repère, de souvenirs et de rêves, d’une fierté. On fera certes le bonheur de quelque investisseur privé. Mais les financements privés, fort utiles à toute restauration, peuvent très bien s’articuler avec une propriété publique et un projet d’intérêt public. Des cadres légaux existent.
Serions-nous incapables, en Corse, de concevoir la sauvegarde de notre patrimoine et sa valorisation, alors-même que nous avons obtenu plus de compétences en ce domaine que n’importe quelle région française. Et pourtant, tant de collectivités l’ont fait avant nous, avec ingéniosité et ambition.
Plutôt que de nous résigner une fois de plus, par découragement ou par calcul, il nous faut demander à toutes les collectivités publiques concernées de sauver le Château.
Leurs dirigeants trouveront là une occasion de réconcilier les citoyens avec la politique et de rendre un peu d’espoir à la Corse.

6/23/2006

L’Espagne a ouvert une voie :

Il n’y a pas que sur les terrains du mondial de football que les Espagnols témoignent d’une inspiration nouvelle et de fraîcheur. En politique aussi !
La campagne électorale et l’élection de José Luis ZAPATERO puis son action gouvernementale témoignaient déjà d’une certaine modernité. Il poursuit avec courage son œuvre de réformes qui pourrait bien constituer un exemple intéressant pour notre pays ; quant à l’objectif du changement et quant à la méthode.
Ces derniers jours notamment, ZAPATERO a fait l’actualité.
Il a tout d’abord proposé et fait valider par référendum un nouveau statut pour la Catalogne. Plus que la mesure elle-même, c’est la maîtrise du dossier par le premier ministre et sa détermination qui sont à souligner. Il a en effet cherché à anticiper les tensions, osé des solutions nouvelles, misé sur l’intelligence, la responsabilité et la Démocratie plutôt que sur les reniements et les combinaisons aventureuses.
Sa modernité, c’est la respiration du pays, assise sur le pragmatisme autant que sur les convictions et l’audace. Car le vrai changement passe par des changements, non par l’immobilisme ou l’intangibilité. Que les conservateurs et les extrêmes se crispent pourrait être le symbole de sa réussite, d’un changement en marche.
ZAPATERO s’est également illustré sur un autre terrain, celui de l’avenir de l’Europe, ouvrant la voie à un accord sur l’union politique. Affichant sa volonté de voir respecté le vote des citoyens – c’est vrai pour les Français comme pour les autres – il a néanmoins esquissé des pistes de négociation ; preuve qu’il a bien saisi la gravité de la situation et la valeur des liens entretenus entre membres de l’Union.
Ainsi, il y a en Europe un renouvellement des forces qui ont à porter le flambeau du progrès. Ces forces nouvelles sont capables d’agir en responsabilité, d’oser des changements profonds, de faire prospérer des idées et des pratiques modernes.

6/21/2006

L'info en Corse, nouvelle formule:

Corse-Matin, quotidien d'information corse bien connu, vient de changer de formule. Il est désormais imprimé en Corse, ce qui est une bonne chose, pour l'activité économique sur notre île notamment. Et ce souci de proximité se retrouve également quant au contenu.
Une actualité lisible, aisément accessible, des couleurs et des articles concis pour un condensé d'informations pratiques.
On se trouve facilement immergé dans la réalité insulaire et l'on s'imprègne de l'opinion. C'est bien.
Mais espérons qu'une place demeure pour les tribunes, les billets, l'argumentation. Bref, que l'opinion se forge aussi bien qu'elle se ressent à la lecture de ce journal!
car l'effort louable de présentation et de pragmatisme ne s'oppose pas à un traitement au fond de l'actualité. Bien au contraire. La Corse a trop besoin de débats, d'idées, de réflexion, d'investigations. Elle a besoin d'être bien informée, éclairée.
Les rédacteurs de corse-Matin ont réussi, semble-t-il, le lancement de la nouvelle formule. En confiance, ils peuvent donc laisser s'exprimer leur professionalisme, leur talent et leur envie.
Alors, les Corses disposeront d'un outil supplémentaire de Démocratie pour investir et renouveler l'espace public.

6/09/2006

Moderniser la gestion locale :

Revenu du Maroc où nous débutions la mise en œuvre de l’accord cadre de coopération conclu en février dernier entre la Ville d’Ajaccio et la Commune urbaine de Marrakech, j’ai souhaité réfléchir avec vous sur la coopération décentralisée, cette nouvelle forme de l’action des collectivités territoriales.
Elle n’est pas toujours appréciée à sa juste valeur ; la polémique et les procès d’intention y trouvent un terrain propice à leur prolifération. Certains esprits médiocres y voient également une occasion de mobiliser les rancoeurs et les crispations, d’encourager la défiance. A Ajaccio, l’équipe municipale doit faire face à ce petit jeu politicien.
Mais il est une réalité : la coopération décentralisée n’est plus seulement le fait d’élus visionnaires, motivés, engagés. Elle est une œuvre collective, assise sur le partenariat, qui sert le développement de la Cité.
Cela s’explique d’une part par des défis qui se généralisent par delà les frontières (environnement, accès aux services de base, cohésion sociale, …), et, d’autre part, par une prise de responsabilités des institutions locales.
Ainsi, à Marrakech, nous nous sommes entendus sur le renforcement des capacités de nos collectivités respectives dans le domaine économique, afin notamment d’œuvrer à une meilleure insertion des publics en difficulté. Concrètement, la mise en place d’un portail internet destiné à promouvoir l’activité des structures, coopératives, entreprises ou associations artisanales a été décidée. De même, un travail spécifique portera, au cours des prochaines semaines, sur les questions environnementales.
Car la responsabilité des pouvoirs municipaux s’accroît pour dessiner un avenir meilleur à leurs populations, mobiliser les ressources et les potentialités, contribuer au développement humain.
Les pouvoirs locaux doivent donc améliorer leur capacité de gouvernance ; ils peuvent y parvenir par l’échange, le partenariat, l’approche par projet et des formes nouvelles de travail collectif.
Bref, n’en déplaise aux grincheux, la coopération décentralisée c’est la modernité ! Et Ajaccio est dorénavant fortement engagée dans ce mouvement.