La grande braderie :

« Collectivité publique sans projet vend, cause perte de valeurs, son histoire et son âme.
Faire offre. »
Telle semble être la teneur de l’offre publique de vente du Château de la Punta faite par le Conseil Général de la Corse du Sud.
Comment ne pas être écœuré par pareille entreprise ?
Sur la forme tout d’abord, car c’est par une banale petite annonce, glissée de façon anodine et presque en catimini dans un quotidien régional, que la population a appris la mise en vente d’une des plus fabuleuses richesses patrimoniales de la Corse ; point de consultation ou de débat préalable. Le procédé en dit long sur le mépris de l’Histoire et de l’identité, sur le mépris des sentiments nourris par les citoyens à l’égard du Château.
Et sur le fond, l’absence d’imagination, de rigueur et de perspective, les petits calculs apparaissent de façon plus criante. On vend les bijoux de famille pour financer la gestion routinière. Lorsque le sens des affaires prévaut sur l’intérêt général, la finance privée l’emporte sur le service public, fût-il celui de la mémoire et du développement collectif. Et la préservation du patrimoine s’apparente au gaspillage, selon les propos du Président du Conseil Général auxquels répond le silence déroutant de l’opposition départementale.
Le Château de la Punta a payé un lourd tribut à ce système qui privilégie les questions politiciennes et génère l’immobilisme. Les habitants du Pays Ajaccien l’ont vu se dégrader durant près de deux décennies. Il représente pourtant une part importante de notre histoire ; une trace majestueuse du bouillonnement philosophique, des luttes d’influence et de la vie politique intense qui, autrefois, ont animé la Corse, construit la France et éclairé l’Europe.
Combien de générations ont grandi, à Ajaccio et dans ses environs, au pied de la Punta et de son château ? On veut aujourd’hui les dépouiller d’un repère, de souvenirs et de rêves, d’une fierté. On fera certes le bonheur de quelque investisseur privé. Mais les financements privés, fort utiles à toute restauration, peuvent très bien s’articuler avec une propriété publique et un projet d’intérêt public. Des cadres légaux existent.
Serions-nous incapables, en Corse, de concevoir la sauvegarde de notre patrimoine et sa valorisation, alors-même que nous avons obtenu plus de compétences en ce domaine que n’importe quelle région française. Et pourtant, tant de collectivités l’ont fait avant nous, avec ingéniosité et ambition.
Plutôt que de nous résigner une fois de plus, par découragement ou par calcul, il nous faut demander à toutes les collectivités publiques concernées de sauver le Château.
Leurs dirigeants trouveront là une occasion de réconcilier les citoyens avec la politique et de rendre un peu d’espoir à la Corse.
